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Une histoire...Un conte...Une réalité

Par skander :: lundi 30 avril 2007 à 01:29 :: A lire

Chaque jour une personne sur cette terre voit le soleil se coucher pour la dernière fois pendant que d’autres passent toutes leurs vies à gémir de la chaleur ou du froid qu’il fait.  

 

Chaque trente secondes un enfant africain voit ses jours s’écourter à cause du paludisme pendant que d’autres personnes vivent insouciantes du temps qui passe en le dépensant à faire ce qu’elles n’ont pas envie de faire.

 

Dans une ville portuaire, un dénommé Ethan traverse la station de métro. Il observe les fleurs ,les rayons de soleils qui créent des auréoles lumineuses sur les verres de ces lunettes de soleil et ces chaussures très bien cirées qu’il vient d’acheter à une boutique très connue.

Dans la même station, un homme d’une quarantaine d’années observe des ombres traverser les piliers de bétons qui se trouvent devant lui. Il observe leurs visages aux mimiques diaboliques .La peur le saisit et le pousse à cacher son visage dans le col déchiré de son pull-over.

Cet homme observe dans les ténèbres de son pull-over l’injustice et la futilité de sa vie. Il se voit à l’age de dix ans, battu par sa mère ; puis à onze ans, abandonné par son père.

Son adolescence a été marquée par la mort de sa mère, sa seule famille et l’abandon définitif de sa vie scolaire. Il transita vers l’age adulte dans le décor de chantiers où il portait des sacs de bétons de plusieurs kilos par la seule force de ses muscles à peine pubères.

Il huma l’odeur acre du ciment encore humide et goûta l’amertume de la vie.

Un sourire se dessina sur ses lèvres quand il a pensé à l’espoir qu’il avait ressenti ce jour de printemps où on lui avait parlé de la capitale et de la vie qu’il pouvait y mener. Il essayait en vain de ressentir ou même de définir le mot « espoir ».

A sa trentaine, il était vendeur de cassettes audio dans une boutique lugubre d’un des quartiers mal famés de la capitale. Il avait pour foyer une chambre de huit mètres carrés au dernier étage d’un immeuble colonial adjacent la boutique où il travaillait. Ce cloaque qui lui servait de chambre était tout pour lui, son accomplissement, sa stabilité mais surtout un abri contre ces ombres qui le hantaient depuis son plus jeune age. Il pensait au repos et à la paix qu’il y ressentait. Il repensa à l’amour qu’il éprouvait envers son patron qui lui a offert d’habiter là.

Une crispation de ces lèvres survint contemporaine au souvenir des courses qu’il menait contre ces ombres. Il se remémora un soir où pour la nième fois il avait quitté son lit pour se réfugier sur le toit ; ce soir où les ombres se sont pour la première fois matérialisées.

Tous ces poils se hérissèrent sous la gaine de laine qui les protégeait avec peine contre le froid et qui était cette fois incapable de contenir l’effroi qu’exprimait son corps face à ce souvenir.

Cette nuit où la lune était absente, fut marquée par un cri ou plutôt un hurlement qu’il a émis du haut des douze mètres du toit où il se trouvait. Les lumières se sont alors allumées et les ombres ont laissé place au visage horrifié de son voisin d’en bas.      

 Le lendemain son patron mis au courant des faits qui se sont produit la nuit, essaya de lui offrir du réconfort en lui accordant un jour de congé.

Ses yeux se remplirent de larme à la pensée que son patron qu’il aimait tant l’a volontairement envoyé à sa chambre pour y être torturé. Dans ce qu’il fut pour lui un abri il trouva les ombres. Ils tournèrent autour de lui le frappèrent à maintes reprises et le firent sortir de sa chambre en le persécutant.

Dans la rue il appelait à l’aide mais personne ne semblait lui accorder de l’importance. Il erra ainsi des mois durant en mangeant ce qu’il trouvait dans les poubelles et confectionnant des outils dont personne n’en voyait l’utilité. Il racontait à qui voulait l’entendre qu’il avait été chassé de son travail, de l’idylle dans lequel il vivait par son patron en complicité avec les ombres.  

La lumière du soleil transperça les mailles de son pull-over et lui rappela où il se trouvait.

Il sorti alors sa tête de l’étreinte de la laine pour la confronter à l’air glacial. La première image qu’il vit fut celle d’un jeune homme aux yeux de feu.

Il sauta sur lui en l’étreignant très fort. Il lui demanda d’utiliser ces yeux de feux pour le sauver des ombres qui le persécutaient.

En réalité cet homme était Ethan et il n’est redevable de ses yeux de feux qu’à l’imagination de cet homme aux pupilles encore étroites par l’obscurité où il était et qui fut ébloui par l’éclat du soleil sur ses lunettes. 

 

Voici comment le destin réunit deux êtres qui ne sont frères ni d’Adam ni l’Eve. Voici comment le destin permet à l’existence d’Ethan de se lier et de se confondre avec celle de celui qu’appellerait la plupart d’entre nous un sans abris ou encore, pour les moins diplomates, un clochard.

Qui daignera, dans la société, où l’on vit se pencher sur la vie de cette personne et l’estimer, ne serait ce que pendant une seconde, égale à sa vie ? Qui considèrera cette personne qu’on nomme sans abri comme un égal à soi ?

Qui dans ce siècle, où on définit les gens suivant s’ils ont un toit ou non sous lequel s’abriter en oubliant même l’éventualité qu’ils aient des noms, voudrait aider cette personne, cet être vivant ?

 

Ethan a répondu avec un sourire à cette affirmation. Il était certes étonné qu’en puisse penser qu’il ait des yeux de feux, mais aussi, content qu’une personne estime qu’il soit capable de l’aider. Il ressentait de l’amour à l’égard de cet étranger qui lui a greffé des pouvoirs dont tout le monde le croyait dépourvu. Tout son entourage le considérait comme un sans cœur insensible à ce que les autres pouvaient ressentir. Cette image qu’on avait de lui l’avait emprisonné dans une cage où les barreaux étaient l’identité que les autres lui attribuaient. Il était pris au piège des autres, des cadres et des compartiments qui constituaient l’esprit moderne où une personne ne pouvait passer d’un compartiment à un autre.

Le changement était impossible à envisager car les autres prenaient ça pour de l’ironie et l’estimait incapable de maintenir ça à long terme. Il était alors obligé de rebrousser chemin et de reprendre son comportement complémentaire au cadre où les autres l’ont répertorié.

Mais son étonnement reprit très vite le dessus quand il a vu de cette personne, qui avait mis tant d’espoir en lui, était partie en riant à plein poumon.

 

Ce contact d’à peine trente seconde a suffit pour la vie reprenne son droit dans l’âme de ses deux personnages. Trente secondes pendant lesquelles un enfant africain mourrait, ont été utilisées par le destin pour redonner de la lumière à l’obscurité de la vérité de leurs âmes. Trente secondes sont capables de tuer aussi bien que de faire renaître ; à chacun de savoir en faire bon usage.

 

Ethan a eu enfin le courage de se libérer de la cage où il était. Il sorti de son pénitencier et fut pour la première fois de sa vie libre. Il pouvait à présent être ce qu’il voulait être. Il pouvait enfin parler d’amour sans se soucier de ce que les autres vont penser car il était sûr de lui. Il était persuadé qu’il pouvait aimer et qu’il pouvait aider. Il devint imperméable aux paroles décourageantes des autres et leur offrait pour seule résistance un sourire.

 

Un sourire c’est peut être bénin mais cela a suffit pour redonner espoir à cet homme seul au monde face à toutes ces ombres sorties tout droit de son imagination. Ce sourire n’a pas guéri la schizophrénie dont il souffrait, mais lui a fait voir une lumière au bout du tunnel où il se trouvait ; ce sourire qu’il a reproduit des milliers de fois et qui est devenu pour lui synonyme de bonheur.

Ce sourire, qui n’est en fin de compte qu’une simple contraction de quelques muscles de son visage, lui a transmit ce qu’il n’avait jamais pas trouvé chez une mère trop violente, chez un père trop absent et qu’il n’avait pas su voir chez un patron altruiste.

Ce sourire lui a appris l’amour.

 

Ce sourire a été un sauveur capable de libérer Ethan des menottes de l’ignorance. Il lui a ouvert les yeux sur son essence même et celle de tout les êtres vivant. Cette essence, c’est la bonté. 

 

Sa vie durant il sourira. Il sourira à une japonaise venu faire ces études en langues vivantes. Cette japonaise conquise par ce sourire le reproduira dans son pays accidentellement devant l’objectif d’un appareil photo d’un touriste européen. Dans le vieux continent, un photographe verra ce sourire apparaître sous la lumière rouge de sa chambre noire et sourira à son tour. Sa femme membre d’une association d’aide aux enfants atteins de cancer le dessinera sur son visage. Il ne tardera pas à se dessiner sur le visage de ces enfants ensuite sur celui des parents.

Ce sourire se dupliquera, se diversifiera, se multipliera…

 

Voici comment un simple geste de bonté fait le tour de la terre et sème le bonheur sur son chemin.

 

Ne demandez plus aux autres de changer avant de changer vous-même.

Ne dites plus que c’est impossible de changer le monde, car un simple sourire peut inverser la négativité en positivité et redonner espoir à la bonté de notre essence. 

M'zah Skander

 

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Commentaires

Le samedi 22 septembre 2007 à 18:06, par rim
très beau texte!

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